Manifeste des jeunes de l’Ecole de la Citoyenneté

 

 

Présenté le 17 juin 2011 à Paris - Cité de l’architecture et du patrimoine lors de la 1ère Rencontre nationale des jeunes de l’Ecole de la citoyenneté.

 

Ce manifeste a été rédigé par un groupe d’une quinzaine de jeunes, ambassadeurs des 350 jeunes formés à l’Ecole de la citoyenneté de 2007 à 2011.

 

« Nous savons que nous naissons dans un pays qui assure l’égalité en droit.

Pourtant, aujourd’hui, nous l’avons compris et vécu, nous ne sommes pas égaux. Les origines de nos parents, notre adresse, le niveau de connaissance de nos familles, fondent des différences que nous ressentons au quotidien.

Comment rendre nos parcours de citoyens plus égalitaires ?

  • De l’école à l’emploi : sortir du parcours du combattant

  • Pour vivre ensemble : tenter « la différence positive »

  • L’écologie : du local au global

  • Etre acteur dans la cité

 

De l’école à l’emploi : sortir du parcours du combattant

 

Pouvoir et savoir apprendre

 

Dès le cours préparatoire, pour certains d’entre nous, l’apprentissage est difficile. Le livre est au centre de tout. Mais pourquoi et comment bien l’utiliser ? Nous demandons :

 

  • Que l’école nous éveille à l’intérêt d’apprendre, dans des classes culturellement et socialement plus hétérogènes, tout en associant mieux nos familles.

  • De renforcer le partenariat entre l’école et les structures de soutien scolaire pour qu’elles soient complémentaires au lieu d’être en concurrence.

  • D’améliorer la qualification des personnes qui font du soutien scolaire.

  • De permettre aux familles de mieux comprendre ce qu’attend l’école, les aider à aider leurs enfants.

 

En finir avec les orientations arbitraires

 

Au collège, « être orienté c’est être puni ». La question de l’orientation est souvent traitée comme une sanction, les notes étant le seul critère de référence. Il n’y a pas de droit à l’erreur, on a commencé dans une filière, on doit rester dans la même branche. Plutôt qu’une orientation automatique ou arbitraire, il faudrait prendre en compte les aptitudes réelles de l’élève, ses désirs autant que ses connaissances et être vraiment soutenu dans la réalisation de ses souhaits. Nous demandons :

 

  • Que la honte et l’humiliation de ne pas savoir, nous soient évitées car c’est cela qui nous empêche de demander et d’être aidés par les autres, c’est aussi ce qui nous fait sortir du système scolaire.

  • L’aide des enseignants, qu’ils nous aident à réfléchir et à comprendre le monde à notre rythme, sans être obsédés par le programme.

  • Que le critère des notes ne soit pas le seul à décider de notre orientation dès la cinquième.

  • De pouvoir aller voir sur le terrain comment les différents métiers s’exercent

 

Repenser les débouchés et le parcours professionnel

 

Pour ceux d’entre nous qui vont jusqu’au bac, face au choix des études proposées, nous sommes démunis : multiplicité de formations, qualité variable, débouchés incertains. Nous demandons :

 

  • Un meilleur accompagnement pour construire notre parcours et un droit à l’erreur.

  • De ne pas faire « passer les élèves de classe en classe à tout prix » pour qu’ils quittent le système scolaire au plus tôt.

  • De contrôler la qualité des formations et leurs débouchés réels vers l’emploi surtout quand elles sont payantes.

  • D’aider les étudiants à construire leur parcours (universités, BTS, etc).

 

L’accès au premier emploi durable est très long. Les conséquences sont lourdes : frustration, désillusion, déqualification, crainte du rejet de la société. Nous demandons :

 

  • De développer le système de l’alternance à un maximum de métiers car il a fait ses preuves.

  • D’obliger les organismes de formation à trouver une entreprise pour réaliser un stage d’au moins un mois qui nous donne une première expérience.

 

S’ouvrir à d’autres réalités

 

Trop vieux, trop jeunes, trop ceci, trop cela, nous sommes mis dans des carcans et orientés en fonction de critères abstraits et de notre origine. Nous refusons d’être assignés à des stéréotypes, à une origine sociale. On nous pousse à l’immobilisme, on n’entend pas nos envies, on nous freine.
Nous demandons :

 

  • De mélanger dans les écoles les différentes catégories sociales pour éviter l’étiquette liée à notre lieu de vie.

  • De pouvoir voir d’autres réalités, sortir de nos lieux de vie, de notre quotidien.

  • De pouvoir nous adresser à des personnes extérieures à notre milieu pour nous pousser à argumenter nos choix quand nos milieux rejettent nos projets.

 

 

Pour vivre ensemble : tenter « la différence positive »

 

Se respecter, se rencontrer et s’écouter

 

Le vivre ensemble est le défi de la France actuelle. Il nous faut chercher ce qui nous rassemble et s’enrichir de la diversité culturelle, plutôt que de pointer systématiquement ce qui nous divise. On gagnerait tous à résoudre les vrais problèmes plutôt que d’écouter les médias. Nous demandons :

 

  • Que notre droit à la différence soit reconnu, afin que nous fassions de cette différence une chose positive et normale.

  • Que la personne soit acceptée entièrement telle qu’elle est : son patronyme, son aspect vestimentaire, ses origines sociale, culturelle, ethnique et religieuse.

  • De développer les relations inter-quartiers par des manifestations festives, sportives et culturelles.

 

Ne pas confondre différence et inégalité

 

Nous comprenons des différences de traitement fondées et justifiées, mais nous refusons les inégalités et les discriminations. Nous demandons :

 

  • De mieux informer les employeurs de la richesse de la diversité.

  • D’appliquer, dans certains cas, le recrutement anonyme par un logiciel qui analyse uniquement les compétences.

  • D’appliquer systématiquement la loi et les sanctions en matière de discrimination.

  • La création d’un ministère de Lutte contre les discriminations.

 

Lutter pour l’égalité au quotidien

 

Dans notre quotidien, ce que nous ressentons comme le traitement le plus inégalitaire, c’est le rapport aux forces de l’ordre.Dans certains quartiers, les jeunes préfèrent faire appel à leurs amis pour régler leurs problèmes ; les jeunes qui sont isolés et n’ont pas de bande sont plus maltraités que les autres. Nous demandons :

 

  • De mieux expliquer la loi pour qu’elle puisse être mieux appliquée.

  • D’engager une réflexion avec la police dans les quartiers, faire de la prévention plutôt que de la répression.

  • De développer les actions positives entre les jeunes et la police comme les matchs de football.

  • De rédiger un bilan du contrôle d’identité (objet, motif) et donner un reçu à l’usager lors des contrôles d’identité.

 

Lutter pour l’égalité hommes / femmes

 

L’inégalité des rémunérations entre hommes et femmes ainsi que la trop faible représentation des femmes dans les fonctions politiques et à la direction des grandes entreprises nous choquent. Nous demandons :

 

  • D’instaurer des quotas et le changement de représentation des genres dans l’éducation et dans les médias, la publicité.

  • De restreindre, dès la petite enfance, les codes filles-garçons dans la société, dans la vie quotidienne, dans la publicité.

  • D’encourager la répartition entre hommes et femmes pour les tâches domestiques dès le plus jeune âge.

  • De mieux appliquer les contrôles et les sanctions pour les entreprises quand il y a un écart de salaire pour un même poste.

 

 

L’écologie : du local au global

 

Expliquer l’écologie pour l’appliquer au quotidien

 

L’écologie est une problématique citoyenne importante, mais nous la trouvons confuse. On ne sait pas définir et comprendre les différents termes liés à l’écologie. Chaque jour, au quotidien, le geste de chaque habitant compte, il contribue au geste collectif. Pour développer ce geste, nous demandons :

 

  • De nous expliquer le lien entre choix quotidiens et enjeux d’écologie globale,

  • D’accroître l’effort de tri demandé aux citoyens avec une politique sérieuse et cohérente à l’échelle nationale et locale

    • Proximité et accessibilité aux bacs de tri des déchets.

    • Même code de tri dans toutes les communes.

    • Travail de valorisation de l’image des éboueurs.

    • Communication sur l’importance de trier ses poubelles.

 

 

Etre acteur dans la cité

 

Nouer le dialogue

 

Nous sommes critiqués pour notre manque de participation aux élections et notre désintérêt de la politique mais tous les moyens de participer et de tenir notre place ne nous ont pas été donnés. Pour ceux d’entre nous qui n’ont pas suivi d’études après le collège, nous avons du mal à prendre la parole par crainte de ne pas être pris au sérieux. D’une manière générale, les occasions de débat dans un véritable respect et prise en compte de l’opinion des jeunes sont rares voire inexistantes. Nous demandons :

 

  • D’organiser, dès l’entrée au collège, des temps de débats avec des animateurs extérieurs au corps enseignant, de manière régulière, voire obligatoire.

  • D’informer les jeunes déscolarisés et en difficulté des lieux d’instances démocratiques pour la jeunesse pour qu’ils puissent y participer (conseil de quartier, forum citoyen...).

 

Se comprendre

 

Les discours politiques sont difficiles à comprendre, l’impact des actions des élus sur notre quotidien, difficile à percevoir. Pourtant, lorsque l’occasion nous en est donnée, nous avons tous et surtout ensemble des idées pour notre ville. Nous demandons :

 

  • D’être aidés à comprendre l’intérêt des conseils de quartier, des réunions avec les élus, des différents lieux d’expressions démocratique et citoyenne (Centres sociaux, MJC, pôles jeunesse, missions locales, etc.)

  • De prendre en compte la parole des jeunes dans les réunions de quartiers même s’ils ont du mal à s’exprimer.

  • D’être plus assurés de la prise en compte de notre parole de citoyen, pouvoir suivre les projets (comme par exemple la construction d’équipements sportifs).

  • D’être formés sur la prise de parole en public.

  • D’élire, dans chaque quartier, un jeune qui nous représente auprès des élus pour rendre compte de nos besoins réels et définir des projets concrets et réalistes.

«La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement son bulletin dans l’urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus, puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire, pendant cinq ou sept ans. Elle est action continuelle du citoyen, non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celle de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession… La démocratie n’est efficace que si elle existe partout en tout temps. Le citoyen est un homme qui ne laisse pas à d’autres le soin de décider de son sort commun. Il n’y a pas de démocratie si le peuple n’est pas composé de véritables citoyens, agissant constamment en tant que tels.»

 

Pierre Mendès-France, 1962

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